Le Met consacre une exposition à ce que le corps habillé révèle. Cette collection pose la même question, en pâtisserie.

En 2026, le Metropolitan Museum of Art de New York consacre "Costume Art" à ce que le corps habillé révèle, depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. Une exposition qui brouille les frontières entre art et mode, et qui place le vêtement au même niveau que la sculpture ou la peinture.

En regardant ça, une question s'est imposée : et si la pâtisserie occupait ce même territoire ?

Ce projet n'est pas une commande. C'est une démarche de recherche, une volonté de lier des mondes qui ne se parlent pas encore assez. L'art et la mode parlent de matières, de plis, de formes, de corps. La pâtisserie aussi. Explorer ce dialogue, c'est ce qui m'anime, et cette collection est la première d'une série qui part de ce territoire.

Quatre sections de l'exposition ont nourri quatre créations : corps classique, corps vital, corps réapproprié, corps mortel.

I. Peplos

Dans "Costume Art", la section consacrée au corps classique met en scène des robes drapées comme des cariatides, en dialogue avec des urnes grecques. L'idéal antique : équilibre, proportion, silhouette. Le vêtement qui épouse le corps sans le contraindre. C'est depuis cette image que tout a commencé.

Peplos est le vêtement drapé de l'Antiquité grecque, fixé sur l'épaule, tombant en plis souples le long du corps.

Tout part de la colonne antique, cannelée, dressée dans la hauteur avec prestance. Par-dessus, j'ai travaillé un pochage à la douille plate, geste répété, hauteurs variées, pour épouser la forme sans la figer. Une pièce de chocolat très fine pour clore, comme un noeud qui cintre un drapé.

II. Vitalis

"Nous partageons tous une même condition biologique, faite de sang, d'organes, de peau, du vieillissement et de la mort." C'est ainsi qu'Andrew Bolton, commissaire de l'exposition, résume la section consacrée au corps vital. Ce qui circule à l'intérieur, ce qu'on ne voit pas, ce qui nous fait vivre.

Avec Vitalis, je voulais révéler la beauté de l'intérieur, de ce qu'on ne montre pas.

Une enveloppe douce, presque rassurante. Ce qu'elle cache, au premier regard, peut troubler : c'est l'intérieur, ce qu'on ne montre pas. La coque épouse une forme organique, sans angle, sans rigidité. À l'intérieur, j'ai poché la rhubarbe en ruban pour qu'elle suive les mêmes formes que les viscères, courbes, flux, tension. Rien n'est placé, tout est conduit. Vitalis en révèle la beauté, acide, gourmande, vivante.

III. Curva

Dans l'exposition, la section du corps réapproprié célèbre les corps hors normes, enceints, corpulents, en situation de handicap. Des créateurs comme Rei Kawakubo pour Comme des Garçons y redéfinissent les critères de beauté selon leurs propres règles, en volumes inattendus qui défient l'anatomie. C'est cette célébration que j'ai voulu traduire.

Curva part de cette idée : des volumes doux, irréguliers, qui défient les règles de l'anatomie sans les trahir. La forme gonfle, déborde, s'assume. Rien n'est contraint, tout est célébré.

J'ai travaillé une finition pulvérisée chocolat velours pour envelopper les courbes d'une matière à la fois douce et profonde. Par contraste, une pièce cuivrée aux rainures verticales vient cintrer sans comprimer, souligner sans entraver. Deux textures, deux intentions : la douceur des volumes, la précision du geste qui les sculpte.

IV. Ultima

L'exposition se referme sur le corps mortel. Les motifs de vanité, crânes et squelettes, traversent l'histoire du vêtement comme autant de rappels de l'inéluctable. La cage thoracique, celle qui toute une vie a protégé l'essentiel. Le dernier habit, le linceul, les bandages, dernière enveloppe du corps. C'est depuis cette image que j'ai construit Ultima.

Deux bandes de feuilletage s'assemblent autour d'une garniture, comme des bandages qui épousent les courbes sans les contraindre. La pâte pousse, gonfle, révèle une forme qu'on devine sans jamais tout à fait identifier. Une cage thoracique, peut-être. Celle qui, toute une vie, a protégé l'essentiel.

La forme est longue, rectangulaire, mais une ligne verticale l'élève. La vanité sans la pesanteur.

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Alistair Smith